Caroline White (CRB)
Écrits
Extrait du catalogue de Saint Bertrand de Comminges – 2000
Bertrand de la Vaissière - Témoin jungien

Il est un fait de civilisation que l’homme tente de donner forme aux intuitions fondamentales qui le traversent  et de se relier comme il le peut aux principes d’ordre et de sens qui, on doit le supposer, sont contenus dans le chaos apparent du monde.

Caroline White illustre cette (rare) tendance de l’art contemporain à présenter des structures qui ne sont pas de simples jeux formels ou des célébrations abstraites mais bien plutôt des créations inspirées. Ainsi, l’ensemble de son œuvre nous entraîne, de façon non linéaire, dans l’histoire de l’esprit, et nous propose autant d’illustrations des efforts menés à différents âges par la conscience pour se relier à l’invisible.

Elle nous conduit à parcourir la terre dès les époques archaïques, ce dont témoignent des œuvres comme « Le Baladeur » ou « Standing room », et à nous souvenir des temps où les dieux étaient exprimés sous la figure de l’immense et des puissances tutélaires, tandis que les devins et les astrologues assistaient les créatures dans leur commerce avec ces esprits nés de la terre ou habitant le vent. Sa réflexion peut se poursuivre selon d’autres voies en apparences très différentes. Les deux « esquisses » intitulées « Les échelles de Jacob » nous convient aux fiançailles du ciel et de la terre. Chaque degré de ces colonnes du songe exprime une figure ordonnée et fortement centrée, qui se déploie telle une source de rayonnement. Les couleurs du pop art et la simplicité du matériau donnent plus de discrétion à l’extraordinaire complexité des ensembles, comme s’il s’agissait aussi de considérer avec humilité cette fragilité ou cette impalpabilité, des modalités vibratoires de la Présence (Séphiroth).

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Earth Shine II

Les bronzes de dimension plus réduite différencient les motifs des échelles en les épurant, mais certains d’entre eux sont aussi le témoignage d’une sorte d’hésitation entre les deux courants qui traversent le territoire de l’artiste. les spirales du temps et les figures de quaternité de l’ordre cosmique côtoient d’autres représentations comme « Earth Shine » ou « Total Eclipse » qui rappellent l’inspiration archaïque, et dont la dynamique ne semble qu’à demi informée, comme si elles ne dénombraient encore que des possibilités d’arrangements.

Celles-ci s’ordonnent cependant et trouvent leur résolution dans d’autres œuvres appartenant aussi à la dernière période de création. Le continuum spiralé d’ »Arcades » est une méditation sur le temps et sur l’espace temps et les deux quadratures imposent de manière inexplicable leurs présences. Chacune fait apparaître un double mandala, l’un figurant un ordre intemporel et le second un ordre lié au temps, deux spirales qui se rencontrent, et s’embrassent, l’une carrée comme la terre, l’autre ronde comme le ciel.

Il n’est pas indifférent de rappeler encore le saisissement initial de Caroline White par l’art roman ainsi que sa passion pour la valeur qualitative des nombres. Il est donc frappant de voir poindre maintenant dans son œuvre des représentations de l’Unus Mundus, cette notion centrale de la philosophie naturelle du Moyen Age, désignant le plan du cosmos intemporel et préexistant, quand ce terme peut maintenant signifier pour nous l’arrière-plan inconnu des phénomènes physiques ou psychiques, autant dire l’essence de la dynamique de l’esprit, et qu’une telle émergences créative soit déposée à Saint-Bertrand-de-Comminges.