Caroline White (CRB)
Écrits
18 Septembre 2006

La création de ce site internet m’a donné l’idée de faire une sorte de mise au point, ce je n’avais pas fait depuis mon catalogue « Transitions ». J’arrivais donc en France il y a seize ans. J’écris très rarement sur mon travail, après tout, c’est un travail purement visuel quoique soit les interprétations intellectuelles. Souvent je  trouve plus facile de citer d’autres auteurs car ils expriment des idées ou des émotions qui se joignent avec mes propres pensées d’une manière beaucoup plus efficace que j’en serais capable.

Ma réaction en relisant ce texte est que c’était une bonne mise au point à l’époque, mais aujourd’hui ma réflexion et ma manière de travailler ont bien avancé. Cependant certains éléments restent des préoccupations et en avançant, mes besoins et mes aspirations en tant qu’artiste sont devenus plus clairs. Depuis que je ne vis plus dans « le monde d’art », je crois m’être débarrassée de beaucoup de prétentions et d’analyses intellectuelles qu’on me demandait de faire quand j’étais professeur aux beaux-arts, jeune artiste bien arrivée.  Une des raisons majeures, de tout quitter pour venir vivre dans le sud de la France était justement  de devenir, moi-même, une artiste, si j’en étais capable.

Je pense avoir gagné mon pari et avoir progressé grâce à un mélange d’influences artistiques, un long apprentissage, en artiste proprement dit. Toujours à la recherche, rarement satisfait, mais confiant dans la direction prise. Je ne fais pas partie de la mode, je ne suis ni « artiste conceptuelle »  ni « artiste éphémère ». Je construis mon travail avec mes mains, mes yeux et mon cerveau. Je dessine régulièrement comme contrôle du travail plus difficile et abstrait en trois dimensions. J’essaie de faire un travail qui hausse le cœur, qui peut être interprété par les autres sans leur imposer des règles. Je ne pense pas que la vie d’un artiste, autre que superficiellement, soit digne du moindre intérêt au public, ce qui compte est le travail ! Ce discours me semble être directement en opposition avec la plupart du « travail » contemporain que nous voyons dans les galeries aujourd’hui.

Récemment j’étais à Madrid, et j’ai passé quelques heures avec Goya, devant qui j’ai reconnu le génie et la modernité de sa portraiture. J’étais envoûtée. Le lendemain je suis allée au musée Reina Maria Sofia, où j’ai regardé la partie contemporaine ... il n’y avait rien pour moi. A part quelques sculptures de Chillida, j’ai tout trouvé ennuyeux, présomptueux, avec un manque total de poésie ou développement potentiel au-delà de lui-même. En travaillant toute seule, je suis devenue beaucoup plus sûre de ce qui est l’Art ou  pas !     

Je pense toujours à la phrase du Professeur Richard Gregory pour décrire sa fascination pour les Astrolabes, « des objets qui contiennent de la connaissance ». Je crois toujours que ceci est une vérité inhérente à tout grand art et en le regardent, nous découvrons son aptitude à se révéler chaque fois un peu plus. J’adhère toujours aux paroles de Matisse, qui suggère comment l’artiste s’engage dans son travail et qui le permet de laisser aller l’inconscient.

Lumière, Espace, Volume, Ton, Couleur, tous restent un trésor des « voyages »  infinis, prêt à l’embarcation. Les matières ont pris davantage d’importance elles font partie du sujet autant que la structure du travail. L’aquarelle devient aussi solide que le bronze, avec évidemment ses propriétés intrinsèques, qui influence le travail fini. Le cercle et la spirale avec ces possibilités innombrables restent une source constante de réflexion, en rajoutant du mouvement réel, une forme relativement simple devient incroyablement compliquée. La Numérologie et des combinaisons de chiffres deviennent moins cachés et à travers les possibilités de mouvement je découvre de plus en plus d’images possibles. Les problèmes que j’ai sont plus liés à la sélection et canalisation des choix infinis que j’ai devant moi, plutôt qu’à la recherche des idées. Le développement du travail est toujours le résultat de travailler d’une pièce à une autre. Je continue de travailler en séries et sur plusieurs pièces à la fois. Comme Picasso a dit « Je ne cherche pas, je trouve » !!

Depuis mon arrivée ici, je pars très rarement. Ma vie tourne autour mon atelier, ma famille, notre maison et notre grand jardin. Je n’ai plus du tout envie d’aller en ville et j’ai exposé très peu depuis mon installation. Mes sorties les plus fréquentes sont vers la fonderie, que le destin a voulu à une quinzaine de kilomètres de la maison. Cependant j’ai commencé à recevoir des clients dans mon atelier et dans la maison où j’expose de nombreuses pièces. Ceci est une situation idéale pour voir le travail. Je le trouve mieux qu’en galerie. J’ai été obligé d’adapter mes méthodes de travail autour cette vie, qui me rapproche d la nature, et d’utiliser mon temps dans l’atelier d’une manière économique.

Je m’intéresse toujours de faire du travail « site spécifique » en collaboration avec des architectes et des designers et je me régale avec les challenges et les contraintes d’une commission. Network 90, la pièce que j’ai fait pour la BBC est aujourd’hui au Conseil Général de la Haute-Garonne à Toulouse, installé dans la salle des Pas Perdus. Elle a survécu et elle s’est adaptée remarquablement bien à son nouvel environnement.

Aujourd’hui je suis toujours aussi excitée et impliquée dans la production de mon travail. La grande différence est que les ressources viennent de l’intérieur, nourrit par la nature est la beauté du pays que j’habite, plutôt que la star-system dur et superficiel du monde de l’Art. Ceci a été essentiel pour mon développement artistique.