Caroline White (CRB)
Écrits
Extrait du catalogue de Saint Bertrand de Comminges – 2000
William Packer, Critique d’Art pour le Financial Times

« Plus ça change, plus c’est la même chose », ces mots familiers français visent une vérité générale et importante, ceci notamment en matière d’Art et, en particulier, pour le travail d’un artiste tout au long de sa carrière. Des centres d’intérêt apparents et des préoccupations immédiates peuvent glisser d’une chose à l’autre, parfois même avec une soudaineté arbitraire ; de nouveaux matériaux travaillés de façon originale et nouvelle, de la peinture à  la sculpture, la gravure, la photographie peuvent être essayés et adoptés ; la technique évoluera, deviendra plus accomplie et sûre et le travail se développera toujours plus en avant.

Cependant,  plus nous sommes éloignés de l’ensemble de son travail, plus nous pouvons le contempler, et, dans la pleine perspective de cette carrière, nous pouvons commencer à mieux reconnaître les similitudes que les différences : les mêmes structures formelles sous-jacentes, la même manipulation de l’espace, le même imaginaire essentiel projeté dans les formes diverses et variées.

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Echelle de Jacob

Je connais bien Caroline White et son travail depuis plus de vingt ans, même si ces dernières années j’ai suivi sa carrière de façon « plus intermittente ». Le premier travail dont je me souviens se situe sur une échelle personnelle et intime. Il fut constitué de matériaux légers et improvisés, du carton, du papier et de la ficelle. L’intérêt était centré sur des objets domestiques comme le parasol, le parapluie, la chaise qui étaient structurés par leur propre architecture étrange. Cependant cet intérêt était presque aussi pictural que structurel ou sculptural, ceci dans un sens directement physique. Les objets qu’elle fabriquait dans son jeu avec cette imagination et ses idées ne pouvaient quasiment pas être utilisés. Ils ne fonctionnaient pas. Plutôt, ils occupaient ce territoire du bas-relief fascinant et contestable qui est revendiqué par les peintres comme par les sculpteurs, pour les ambiguïtés picturales qu’il autorise et les libertés qu’il permet dans la contorsion et distorsion physique de l’espace.

Les objets qu’elle fabriquait étaient peints comme des tableaux, tout aussi bien posés à même le sol ou accrochés au mur. Néanmoins, ils demeuraient des objets réels, occupant un réel espace dans un monde réel ; ils le sont toujours et le resteront.

Curieusement, même dans ses œuvres les plus récentes, on retrouve toujours cette même préoccupation. Son intérêt majeur est pour le paradoxe, sujet essentiel de l’objet situé entre la peinture et la sculpture qui implique un espace pictural, autre, imaginaire qui reste solide, ferme et consistant comme il l’a toujours été, tout aussi bien coulé en bronze, que construit et collé en bois. Elle est peut-être partie d’une architecture implicite, domestique et cachée, pour tendre vers une architecture vraie et détaillée, faite de voûtes, de portes et de fenêtres, le Gothique et le Roman et plus encore vers quelque chose d’abstrait et symbolique. Mais l’architecture est toujours là dans  laquelle on trouve le sens d’un espace personnel et inhabité. Le portail est là pour inviter à le traverser, l’échelle, l’échelle de Jacob est là pour que nous puissions grimper dans notre imagination et puis redescendre. Dedans et dehors, en haut et en bas « plus ça change… ».